Un titre de livre digne d’un prédicateur et un parcours digne d'un "Born Again Christian"?

Crise existentielle, 2 ans sabbatiques à voyager en partie sur la hippie road, des conférences autour du monde depuis sa conversion au P2P : ce profiling rapide de Michel Bauwens est pourtant assez éloigné du pragmatisme de l'homme quand on le croise. Il évoque avec simplicité cette transition douce vers un monde d'équipotentialité pour chacun, qui s'écoule au fil des page de son livre d'entretiens avec Jean Lievens. Michel Bauwens serait plutôt un sismologue traquant patiemment les soubresauts de cette transition P2P depuis le début du siècle et annonçant l'unification progressive des composantes dans un temps long qu'il compare volontiers aux grandes transitions européennes de l'empire romain à la féodalité ou de la renaissance vers les temps modernes... Ce qui ne l'empêche pas de se réjouir de l'accélération des prises de conscience depuis 2012.

12 ans après la maison qui brûle de Jacques Chirac concernant le développement durable, l'intérêt collectif se porte vers l'économie collaborative. Comme à chaque rechute de l'économie occidentale, l'opinion publique et les médias partagent (temporairement) avec les parties prenantes sur le terrain une sensibilité éthique, environnementale et/ou sociale.

Le développement durable hébergeait sous son ombrelle des concepts variés (voire antinomiques) depuis l'investissement socialement responsable jusqu'à la décroissance. De même, l'économie collaborative englobe ou reconnaît des relations avec l'économie circulaire, l'économie fonctionnelle, l'écologie opensource, l'économie de la contribution, l'économie des communs ou encore la "sharing economy".

L'économie collaborative elle aussi cultive ces contraires : on constate une apparente communauté de pensée entre d’un côté les parties prenantes qui plaident pour dépasser la société consumériste actuelle et de l’autre, les nouvelles pratiques capitalistes violentes comme celles d'Uber et Lyft. Finalement, ces acteurs se retrouvent autour d'un constat partagé : la fin du salariat comme équilibre des sociétés occidentales pour les générations nées après la chute du Mur. Evidemment, les uns célèbrent le retour des solidarités ou de l’autogestion, les autres le nirvana d'une entreprise enfin débarrassée des employés et disposant d'une main d'œuvre infiniment flexibilisée et taylorisée (Cf. Valérie Peugeot, la place de la Toile, ~minute 30).